L’école algérienne entre Bac et Beylik

In Impact24 le 19.06.2016 21:00

par Mohamed Bouhamidi

Suspendre l’accès aux réseaux sociaux est une mesure de temps de guerre. Ou un acte de prévention d’une menace élevée sur l’ordre public. Ou la réaction à un risque d’effondrement de l’Etat par un coup d’Etat, une attaque terroriste majeure, etc.

En tout cas, on n’interdit pas pour les ordinateurs « ordinaires » pour le laisser disponible sous certaines applications, notamment pour téléphones portables.

Même en Syrie, l’Internet fonctionne. Il a été volontairement interrompu, une seule fois pour contrer une attaque sur Damas par des opérations préventives. Aucune personne capable de multiplier deux par deux, n’ira comparer la complexité de cette guerre universelle faite à la Syrie, avec des combattants issus de quatre-vingt pays, à la mise sous scellés de quelques documents sélectionnés par un groupe d’enseignants.

Quelqu’un avait suggéré d’appliquer aux enseignants chargés de choisir les sujets du bac, les mesures de protection des jurés des tribunaux criminels : les isoler le temps que les épreuves se déroulent. Serait-il si insurmontable pour l’Etat de trouver alors une centaine de fonctionnaires de police et de gendarmerie suffisamment honnêtes pour faire parvenir les sujets aux centres d’examens ?

Car le problème est là : le gouvernement algérien vient d’avouer qu’il ne peut se garantir, à lui-même, un degré minimal d’honnêteté de ses fonctionnaires.

Les rituelles fuites du bac font partie de son cérémonial d’inquiétude de passage en même temps vers l’âge des responsabilités sociales accordées aux élites et vers cette élite qualifiée par le savoir qui tient son statut par ses mérites. Non par la naissance, ni par la fortune. Cette cérémonie de passage est aussi solennelle que tous les rites de passage et d’intronisation aux fonctions dirigeantes dans les sociétés au cours de toute l’histoire de l’humanité.

Le bac est autant un examen qu’un mythe social. Les fuites sont la part du destin dans la réussite ou dans l’échec, la part de « pas de chance » qui permet de survivre à l’échec. Elles n’existeraient pas, que les candidats et la rumeur publique les inventeraient.

Nous ne sommes absolument pas dans cette tradition de la solennité instituant l’idée d’élite par le mérite nécessaire à la bonne marche de l’ordre social.

Mais dans le spectacle burlesque de nos gouvernants découvrant que leurs pratiques de la triche généralisée avec les élections, les lois, les interdits et, surtout, avec la morale de gouvernement incompatible avec l’enrichissement par l’usage des fonctions de l’Etat. Nous sommes passés depuis longtemps de l’ordre de l’Etat à la culture du Beylik.

C’est un aveu terrible sur l’étendue de la gangrène qui a saisi ses organes ou l’ampleur des métastases qui les ont atteints. Chacun choisira le diagnostic. Je me souviens que les analystes ont utilisé les deux images effrayantes du cancer et de la gangrène pour caractériser le phénomène de la corruption.

On nous a servi qu’il s’agit d’un complot des islamistes, décidés à liquider la ministre de l’Education. Ce serait bien la preuve que des fonctionnaires occupent des postes non au service de l’Etat mais de leurs factions. Que ces factions soient politiques ou claniques, familiales ou maffieuses.

La règle est devenue que le choix porté sur un individu pour occuper une fonction administrative ou élective devient automatiquement le droit pour sa famille de l’exercer pleinement avec lui.

Les diplômes, le mérite, la sacralisation du bien collectif, pouvaient avoir encore du sens avant que l’Etat ne devienne le théâtre d’une farce dansante autour du butin.

Les fuites du bac, à ce niveau, montrent simplement que l’Etat est devenu incapable de se présenter comme le garant des sacralités sociales, sous l’effet de la prédation et du dérèglement des gouvernants.

M.B

Source : http://www.impact24.info/lecole-algerienne-entre-bac-beylik/

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