Valls, Bouteflika, indignations et politique

Par Mohamed Bouhamidi

In Impact24 le 17 04 2016

Tels de grands marins, les maîtres invisibles de Valls peuvent aller contre notre indignation avec la force de notre indignation.
Comme émotion, l’indignation dit beaucoup sur les êtres qui réagissent et rien sur l’objet concerné : la nature du rapport françalgérie qui s’est instauré depuis la mort de Boumediene mais qui approche d’une proportion d’exclusivité depuis dix-sept ans. Avec une remarquable constance dans la fidélité des gouvernants algériens à l’idée d’une relation exceptionnelle, stratégique, hors-normes etc. Du Jacques Brel sur partition politique.
Un rapport régulièrement ponctué par des gestes d’abaissement du gouvernement algérien, dont le point culminant fut l’annonce par A. Juppé d’un accord algérien de célébrer avec retenue le cinquantenaire de notre indépendance.
Même pour le plan symbolique, qui nous assure la base de notre Être national, nous n’étions plus les maitres exclusifs de notre pays mis en cogestion.
Avec la France, avec l’U.E, avec d’autres institutions.
Est-ce la gouvernance mondiale, avancée comme modèle désirable et modèle unique ? Peut-être mais c’est aussi annoncer que notre voie a déjà été pensée pour nous.
C’est une forme de l’acceptation d’une gouvernance internationale. Tout à fait dans la perspective de la globalisation qui consiste à passer de la mondialisation concrète du commerce à la mondialisation de sa « gouvernance».
La politique française à l’endroit de l’Algérie a consisté à nous sortir pas à pas, de façon insensible et indolore de la politique de sortie du sous-développement vers une intégration à la communauté internationale.
La lutte contre le sous-développement est le seul contenu possible d’une idée d’indépendance.
Bref, l’idée fondamentale sur laquelle avance le système capitaliste qui gouverne le monde et ses politiciens de service, est passé : les peuples ne sont pas maîtres de leurs territoires.
Et il n’est pas question d’opposer un intérêt national à la volonté de la « communauté internationale », pseudo de guerre de l’impérialisme.
C’est à l’intérieur de ce carré que nos dirigeants peuvent s’agiter ou se soumettre, pas en dehors, comme la grenouille affaiblie par le confort de l’eau tiède qui bientôt l’ébouillantera.
Dans la tête des Valls, Hollande, Sarkozy, Juppé, partout dans le monde, les pays n’appartiennent plus à leurs peuples depuis longtemps.
Le geste de Valls, aussi vil qu’il soit, ne relève pas de la morale. Il est un épisode supplémentaire dans la chaîne d’efforts français pour amener le pays Algérie vers le désarmement industriel, agricole, politique, culturel, et le remettre dans la situation de base de la relation coloniale : un marché de matières premières et un débouché pour ses marchandises.
Les équipes qui ont servi les buts de la France néocoloniale en croyant la dribbler ont achevé le travail dont elles étaient capables. Le temps est venu de renouveler les têtes, les apparences, les discours pour réaliser les mêmes buts fondamentaux : avoir un Etat vassal en Algérie.
Il vient de frapper, à l’intérieur du pouvoir, le groupe dont les sources d’enrichissement restent les contrats et les marchés concédés par l’Etat.
Ceux-là même qui ont tant donné à la France néocoloniale, croyant à un deal gagnant-gagnant, quand on ne leur laissait que le choix de fondés de pouvoir.
Il vient d’apporter sa contribution à la transition pour amener au pouvoir le candidat de la fin de l’Etat national parmi les forces dont l’argent est devenu multinational et déterritorialisé.
La seul bonne question est de savoir quoi et comment faire en tant que peuple pour défendre l’idée d’indépendance de notre pays et son Etat national et si le groupe dirigeant a encore la capacité de participer un tant soit peu à cette tâche ?
Et l’indignation sans intelligence n’est pas la meilleure alliée.
M. B

Source : http://www.impact24.info/valls-bouteflika-indignations-politique/

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