Dans cette chronique de février 2008 vous trouverez un épisode de la lutte inégale pour le boycott du Salon du Livre de Paris dédié à la naissance de l’État d'Israël

Les éditeurs marocains ont décidé de boycotter le Salon du livre de Paris tout entier dédié à la gloire des soixante ans d'Israël. Les éditeurs tunisiens vont rejoindre le mouvement. Je n'ai pas eu le temps de confirmer l'info tombée hier d'un boycott tunisien. Je vous en parle donc avec prudence. Les médias français ne pourront pas faire longtemps le silence sur cet événement.

Tous les facteurs et les éléments de base poussaient à une participation maghrébine : pays francophones par excellence, relations commerciales soutenues dans le domaine du livre, aides françaises multiformes aux éditeurs locaux pour les éditions en langue française, efforts constants des ambassades pour des relations amicales avec les écrivains, etc. mais quelque chose de plus fort que ces relations a joué en faveur du boycott : l'insoutenable politique coloniale d'Israël avec tous les crimes qui lui sont consubstantiels. Il était difficile de faire l'impasse sur l'incompatibilité des honneurs culturels avec la politique coloniale. Ce n'est pas possible de se taire devant des honneurs rendus à un pays qui veut subjuguer un peuple tout entier et assassine femmes, vieillards et enfants. Qui au moment de la préparation de l'hommage a transformé Gaza en enfer pire que le ghetto de Varsovie avec les mêmes méthodes de mort lente par la faim et la maladie et les mêmes méthodes de mort violente. La décision des éditeurs algériens vient souligner cet impératif devoir de la dénonciation des crimes coloniaux. Elle ne fut pas facile. Certains ont avancé les pires arguments pour empêcher le boycott, de l'argument imbécile que les Palestiniens n'ont rien dit quand nos terroristes tuaient et massacraient, à l'argument spécieux que le Hamas à Gaza donne des prétextes à Israël avec ses pétards volants et inefficaces comme cela excusait les vrais crimes israéliens et les vrais bébés morts en couveuse suite aux coupures de courant électrique jusqu'à la tentative de tourner en dérision ce boycott en en faisant un blues, comprenez un état d'âme. Piteuse pirouette pour esquiver la question, ne pas prendre position, la noyer dans d'autres «boycotts » inventés pour la cause, déconsidérer par la bande une question d'éthique essentielle et ne pas fâcher les relations utiles. L'idée du boycott s'est imposée aussi à ceux qui ont voulu faire de ce salon une simple occasion commerciale : on ne fait pas de politique. Les Français ne vont pas renoncer à une présence maghrébine. Ils trouveront un moyen d'inviter des personnalités liées à l'édition à des «trucs» en marge du salon question de dire que des intellectuels maghrébins sont quand même présents, etc. Mais le grand coup a déjà raté. L'encens sera brûlé pour bénir les crimes sionistes mais sans nos éditeurs. Il fallait le dire.

M. B.

Publié dans Le Soir d'Algérie le 28 - 02 - 2008

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/02/28/article.php?sid=65084&cid=3

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